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Les enfants des rues à Madagascar

Rythmant la cadence de mes pas à la vitesse à laquelle le souffle glacial de la nuit tananarivienne s’insinue subrepticement entre mes vêtements, je laisse le silence de la capitale m’entourer de ses bras…

Le soif de vivre des enfants de la rueLorsque, balayant la rue presque déserte, mes iris viennent se poser sur un tableau : dans un coin de rue, pour mieux se protéger du froid, un petit garçon se recroqueville avec tellement de force sur lui-même que les cœurs qui assistent à ce spectacle se serrent de pitié. Replié dans sa solitude, il se projette probablement dans un monde meilleur au sein duquel il n’aurait pas à mesurer toute la portée du sens du mot misère. Un spectacle triste, malheureux, affligeant… un spectacle qu’on pourrait affubler de tous les qualificatifs mais devant lequel les mots semblent soudain perdre toute leur éloquence pour laisser place à un cri du cœur : confrontée à un tel tableau, je ne peux m’empêcher de voir cette image se graver dans mon esprit. Une image qui s’associe à tant d’autres représentant, elles aussi, des petits anges privés de ces petites joies inhérentes à l’enfance, des enfants essayant de faire face aux aléas de la vie dans toute la splendeur de leur innocence.

 

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Un sentiment de culpabilité étreint le cœur lorsque l’esprit esquisse ce tableau devant le regard.

Un sentiment qui se corrobore encore plus à la seule pensée qu’en quémandant leur pain quotidien, ces enfants se heurtent souvent au mépris ou encore à l’indifférence générale. Certes, il est tout à fait probable que leurs parents se servent d’eux comme des instruments pour mieux amadouer les passants, certes, ils peuvent devenir agaçants à force d’insister pour qu’on leur fasse l’aumône et, certes, ils doivent apprendre à se débrouiller par eux-mêmes pour ne pas devenir des adultes qui se contentent de se vautrer dans leur misère. Il n’en demeure toutefois pas moins que ces faits patents et terriblement logiques ne répondent en rien à quelques questions subsidiaires mais essentielles : lorsque le froid de l’hiver jette son voile polaire sur Madagascar et que leurs haillons s’avèrent insuffisants pour les protéger, lorsque les gouttes de pluie inondent le sol qui leur sert de couche, que deviennent ces enfants ? Lorsqu’en réponse à leur appel, ils n’obtiennent que de l’indifférence, s’endorment-ils le ventre vide avec la pauvreté pour seule compagne ?

o! Oui il faut travailler pour nourrir sa famille« A chacun son fardeau », réplique t-on invariablement chaque fois qu’on en vient à se poser ces questions, comme s’il s’agissait d’une réponse suffisante pour justifier cette détresse qui remplit les yeux de ses enfants. Mais croit-on sincèrement qu’ils ont de leur plein gré opté pour une existence dénuée de tendresse et de réconfort et, que, au lieu de retrouver le confort douillet d’un lit, ils ont préféré la dureté du sol parce que cela peut s’avérer meilleur pour leur dos ? Ou essaie t-on juste de jeter un voile sur le tableau de manière à façonner la réalité à notre convenance ? Tellement hantés par leurs soucis, les Malgaches semblent se trouver sur le point de jeter aux oubliettes ce qui faisait d’eux un peuple hors du commun : des êtres qui faisaient de l’entraide, de la générosité et de l’altruisme des qualités essentielles et qui n’avaient de cesse de les prôner dans leur acte quotidien, comme le témoignent les adages et les proverbes sur le fameux « firaisan-kina ».

Le tunnel du centre ville noirci par les gaz d'échappement, sert de dortoir aux enfants de la rueEn venant au secours de leurs semblables et en en comprenant l’utilité, les ancêtres malgaches ont fait de l’île rouge un petit bout de paradis : un berceau au sein duquel nul ne devrait être privé du droit de goûter à sa part de bonheur. En persistant ainsi à jouer la politique de l’autruche, en ignorant royalement ces enfants de la rue, on renie donc publiquement ce qui fonde notre identité. Et, tout en se privant de la joie de voir un sourire se dessiner sur leurs petits visages habituellement tristes, on omet consciemment de transmettre ces valeurs forgeant l’identité malgache aux générations futures au profit d’on-ne-sait quel autre idéal. Mais surtout, on commet volontairement l’erreur de ne pas enseigner aux petits Malgaches un fait essentiel: partager un peu de joie n’appauvrit pas. Cet acte de générosité enrichit son auteur en lui permettant de graver les empreintes d’un petit bout de bonheur dans la vie de celui à qui il l’octroie.




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