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Madagascar, le pays du mora mora

Madagascar ? A l’évocation de cette appellation, l’esprit tend hic et nunc à esquisser l’image d’une contrée nichée au creux des bras du canal de Mozambique et de l’Océan Indien. Criante de vérité, cette description presque clinique s’avère toutefois insuffisante pour définir l’île rouge, comme on aime aussi l’appeler…Car Madagascar, c’est un lieu unique au sein duquel s’amalgament plusieurs identités : l‘île rouge peut se nimber de cette aura de beauté qui la classe comme une destination incontournable pour faire connaissance avec la fascination mais elle peut aussi se cantonner à être un point infime comparé à la grandeur de l’univers.

Madagascar peut se présenter comme un havre de paix, un petit bout de paradis mais peut aussi se contenter de matérialiser une étendue de terres sur lesquelles se sont établies de simples mortels. Des essaims de définitions ont la velléité de dévoiler le vrai visage de cette île aux mille facettes… mais seule l’une d’entre elles interpelle véritablement l’esprit : celle d’une autre dénomination qui assimile la Grande Ile au pays du « mora mora ».

Quelle que soit la région de Madagascar dont on foule le sol, les iris ne manquent, en effet, jamais de se poser sur cette périphrase qui semble faire acte de présence dans le recoin le plus infinitésimal du pays : elle est gravée sur les t-shirts, sur les objets de souvenir dédiés aux touristes. Elle parvient même à exhaler les senteurs de l’île rouge par sa seule présence sur les enseignes de certains restaurants, hôtels ou encore agences de voyage. En définitive, dans l’esprit de ceux qui y résident comme dans celui de ceux qui partent à sa découverte, Madagascar est devenu le synonyme de « mora mora ». Ce, à tel point qu’il n’est pas exclu que la jeune génération se fourvoie sur son statut de simple périphrase et l’assimile à un véritable slogan, extrait de l’hymne national.

 

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Calme et tranquillité

« Mora mora », des termes qui peuvent s’envelopper d’un caractère complètement abscons pour certaines personnes qui les entendent… mais un qualificatif qu’on tend tellement à associer à Madagascar qu’il serait risible, voire ridicule, de ne pas en connaître la signification. Petite leçon de vocabulaire et de traduction : « Mora mora », ce sont des mots qui peuvent revêtir moult sens (la lenteur et la facilité) mais qui peuvent aussi connoter des substantifs tels que le calme et la tranquillité. Ce petit soliloque sur les termes « mora mora », pour signifier qu’au-delà de ces simples mots, on retrouve un Madagascar qui peut être écorché par ces assemblages de lettres qui sont parvenus à se greffer à son identité. A la lumière de la portée du sens de ces substantifs, il semblerait, en effet, que les esprits s’illuminent d’un soudain éclair de génie qui leur insuffle le pouvoir de redéfinir très péjorativement les contours de Madagascar : le havre de paix et le petit bout de paradis se sont brusquement volatilisés dans l’esprit de chacun… et place à un pays au sein duquel les habitants semblent faire de la tortue leur animal de compagnie favori, voire leur animal emblématique, en raison de sa lenteur. Cette périphrase est devenue l’argument irréfutable pour justifier tous les fâcheux contre temps auxquels on peut se heurter. On se focalise tellement sur la signification restreinte de « mora mora » (la lenteur) qu’il devient subitement intelligent de tout imputer à ce qui s’avère être une simple périphrase.

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Le pays du mora mora

Certes, à Madagascar, on ne rencontre pas dans la rue l’étonnant spectacle d’une armada d’individus qui défient chaque jour la montre dans la rue pour se rendre au bureau, certes, sur la Grande Ile, à midi, on ne se contente pas d’ingurgiter son déjeuner, certes, lorsqu’on discute au téléphone, sur l’île rouge, on prend le temps de s’enquérir de la santé de son interlocuteur et même de prendre des nouvelles de sa famille… mais c’est ça le pays du mora mora : une île qui fait de la tranquillité et de la facilité de véritables modus vivendi, un endroit au sein duquel les secondes semblent oublier de s’égrener pour laisser place à la convivialité et un lieu où le temps suspend son envol pour octroyer à chacun la possibilité de s’enivrer de ces superbes effluves qu’exhalent la vie.




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